La fiabilité des échanges transfrontaliers en Afrique dépend moins d’une avancée majeure en particulier que d’infrastructures souvent méconnues : un nombre suffisant de camions pour acheminer les marchandises, un accès suffisant au carburant pour les faire rouler, et une capacité de stockage suffisante pour pallier les ruptures d’approvisionnement. Lorsqu’un de ces éléments fait défaut, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui ralentit, quelle que soit l’efficacité du reste du système.
La capacité de la flotte est la première contrainte
Un contrat de vente portant sur une flotte de 100 camions, conclu dans le cadre de notre expérience en logistique, illustre l’échelle à laquelle les décisions relatives à la flotte doivent être prises pour modifier de manière significative la capacité d’un corridor. L’achat d’un ou deux véhicules à la fois n’a que rarement un impact économique significatif ; c’est l’ampleur de l’acquisition, adaptée à l’itinéraire et au type de fret, qui détermine si un investissement dans une flotte permet réellement de résoudre un goulot d’étranglement en matière de capacité.
L’accès au carburant doit suivre la flotte
Les véhicules ne sont utiles que s’ils peuvent se ravitailler de manière fiable tout au long de leurs itinéraires. Le déploiement de 12 stations-service mobiles a précisément comblé cette lacune : apporter un accès au carburant sur des itinéraires et dans des zones où aucune infrastructure fixe n’était encore disponible, plutôt que d’attendre la construction de stations permanentes.
Le stockage assure la continuité du reste
La mise à disposition de réservoirs de stockage, réalisée dans le cadre du même ensemble de travaux, joue un rôle différent mais lié : celui de tamponner l'approvisionnement afin que les perturbations à court terme en amont ne se traduisent pas immédiatement par des défaillances de livraison en aval. La capacité de stockage est souvent l'élément le moins visible d'une chaîne logistique et celui qui est le plus susceptible d'être sous-financé.
La leçon pour les investisseurs et les opérateurs
Aucun de ces trois éléments ne fonctionne correctement pris isolément. Une flotte sans accès au carburant est immobilisée, une infrastructure de ravitaillement sans stockage est fragile, et un stockage sans capacité de flotte adéquate ne fait que repousser ce même goulot d’étranglement. Une logistique résiliente repose sur le fait de considérer la flotte, l’accès au carburant et le stockage comme une seule et même décision d’investissement plutôt que comme trois décisions distinctes, ce qui est l’approche qui sous-tend les transactions résumées ci-dessus.
L’ordre des investissements est déterminant
Une leçon que l’on a tendance à négliger est que l’ordre dans lequel la flotte, l’accès au carburant et le stockage sont mis en service influe sur la rapidité avec laquelle un corridor génère des retours sur investissement. Augmenter la capacité de la flotte avant que l’accès au carburant ne soit en place revient simplement à laisser les camions au ralenti ; développer des capacités de stockage avant de disposer d’un volume de flotte suffisant pour les justifier immobilise des capitaux qui auraient pu être consacrés à l’achat de véhicules. Les transactions résumées ici ont été séquencées de manière délibérée : la flotte et l’infrastructure de ravitaillement ont été développées en parallèle, tandis que les capacités de stockage ont été mises en place pour stabiliser l’approvisionnement une fois le volume établi.
Les questions que les opérateurs doivent se poser avant d’engager des capitaux
Pour les opérateurs et les investisseurs qui évaluent une opportunité logistique, trois questions permettent de démêler l’essentiel de la complexité : la taille de la flotte correspond-elle au volume réel de fret sur l’itinéraire ? L’accès au carburant est-il suffisamment fiable pour maintenir un taux d’utilisation élevé ? Existe-t-il une réserve de stockage suffisante pour absorber une rupture d’approvisionnement à court terme sans interrompre les livraisons ? Les projets capables de répondre de manière convaincante à ces trois questions sont ceux qui ont le plus de chances de donner les résultats escomptés, et c’est précisément cette combinaison qui a sous-tendu nos propres mandats logistiques menés à bien.
Une expertise sur laquelle s’appuyer
La réalisation de transactions de cette envergure portant sur la flotte, les infrastructures de ravitaillement et les installations de stockage permet de constituer une base de connaissances opérationnelles facilement transposable à de futurs mandats. Chaque corridor est différent, mais la méthode sous-jacente, qui consiste à dimensionner chaque élément en fonction des données réelles de fret et de demande plutôt que d’hypothèses, reste la même quel que soit le contexte.


